17 mar. 2014

Visite d'atelier iconographique à l'occasion du dimanche de l'Orthodoxie


A l'occasion du dimanche de l'Orthodoxie et de la mémoire du rétablissement des Saintes Icônes - le 9 mars 2014 - une présentation de l'Art de l'Icône a été proposée aux fidèles de la paroisse Tous Saints à Grenoble.

Prenant la forme d'une visite d'atelier iconographique, elle abordait tant les aspects techniques de cette activité que sa réalité comme voie spirituelle.

Quelques textes: Prière de l'iconographe, Règle de l'iconographe, Canons du concile des «100 chapitres» (Moscou 1551), Ecrits concernant les Vies des Saints Iconographes, évoquaient les dispositions requises de celui qui tente de manifester la gloire du Dieu-Homme par le moyen de l'art iconographique.

Toutes sortes de matériaux, d'outils, de documents présentaient ensuite divers points plus techniques de cet art:
  • Le choix des bois et la préparation des planches. Dimensions et proportions, creusage de l'arche[1], encollage, entoilage, pose du levkas[2].
  • Le dessins, rythmes et proportions à l'aide de quelques schémas du Maître Bernard Frinking[3]. 
  • Les pigments et leur éventuelle préparation, pigments naturels[4] (terres et roches broyées, matières organiques végétales ou animales) ou synthétiques. 
  • La dorure qui permet de créer le fond à la fois lumineux et obscur (or bruni) où se manifeste la Présence. 
  • La technique de la tempéra à l'oeuf, ses outils, ses média, et sa mise en œuvre à travers un exercice montrant la succession des différentes étapes.

Pour terminer quelques icônes illustraient une citation de Photis Kontouglou[5]:
"L’iconographe n'est pas simplement un artiste qui crée une image illustrant des thèmes religieux, mais il a une dignité et un diaconat spirituels qu'il effectue dans l'Eglise tout comme le prêtre et le pasteur".

Cette présentation avait le désir de montrer que par son art, exercé dans la prière et l'ascèse, l'iconographe donne une dimension spirituelle à tous les éléments, minéraux, végétaux ou animaux, qu'il puise dans le créé; en faisant jaillir de cette matière la lumière et la beauté il la transfigure et la fait participer à la gloire de Celui qui est représenté.

[1] Arche: par ce nom on désigne la cuvette creusée de quelques millimètres, dans laquelle vient s'inscrire l'icône.

[2] Levkas: enduit à base de colle de gélatine et d'une charge (craie ou poudre d'alcbâtre) qui sert de support à la peinture.

[3] Bernard Frinking: Laïc orthodoxe, il a consacré la plus grande partie de sa vie à l'iconographie et à l'approche de la Parole de Dieu par la mémorisation de l'Evangile. Disciple de Léonide Ouspensky qui fut l'un des artisans du renouveau de l'icône au XX° siècle. Il réside maintenant près du monastère de la Protection de la Mère de Dieu à Solan (Gard)

[4] Pour autant qu'il est possible on utilise dans la peinture d'une icône que des matériaux vrais et naturels, cependant les pigments naturels sont rares et chers et les pigments de synthèse sont égalements utilisés.

[5] Photis Kontouglou (1895-1965): iconographe et théologien grec, comme L. Ouspensky et P. Grégoire (Kroug) en occident, il fut à l'origine de la restauration en Grèce de l'iconographie traditionnelle.


LA VIE DE L'ICONOGRAPHE



Le chapitre 43 du Stoglav (Concile des cent chapitres) prescrit que pour être iconographe il est nécessaire d'être «humble, doux, respectueux, ne point s'adonner au vain bavardage, ni à la dérision, n'être ni querelleur, ni envieux, n'être pas buveur, ni voleur, ne pas être un meurtrier; mais être vertueux d'esprit et de corps ayant la crainte de Dieu; les peintres doivent fréquemment aller vers les pères spirituels et les consulter en toutes choses, mettre en pratique et suivre leur exhortations et pour mener une vie dans le jeune, la prière et l'abstinence dans l'humilité.»

Ce sont là des prescriptions établies assez tard (millieu du XVI siècle) dont certaines semblent plus qu'évidentes. On peut grâce à divers documents (chroniques, vie de saints, etc.) connaître la vie des anciens iconographes: vie de prière, d'ascèse, de contemplation. Selon un auteur ancien Théophane le Grec, un maître du XIV° siècle «concevait par son esprit le lointain et le spirituel car, de ses yeux charnels éclairés, il voyait la beauté spirituelle» et parlant d'André Roublev et de ses compagnons, Saint Joseph de Volokolamsk disait: «Ces merveilleux et célèbres iconographes Daniel, son disciple André et beaucoup d'autres qui leur étaient semblables, avaient une telle vertu et un tel zèle pour le jeûne et la vie monastique qu'ils purent recevoir la grâce divine; ils élevaient constamment leur esprit et leur pensée vers la lumière immatérielle et divine et leur œil charnel vers les images peintes avec des couleurs matérielles du Christ Seigneur, de sa très pure Mère et de tous les saints. »


REGLE DE L'ICONOGRAPHE


  • Avant de commencer ton travail, fais ton signe de croix, prie en silence et pardonne à tes ennemis.
  • Signe-toi à plusieurs reprises durant le travail afin de te fortifier physiquement et spirituellement, évite les paroles inutiles et garde le silence.

  • Prie spécialement le Saint dont tu peins le visage, garde-toi de la distraction (tu verras combien cela est difficile) et le Saint sera prés de toi.
  • Accomplis soigneusement chaque détail de ton icône, comme si tu travaillais devant le Seigneur lui-même.
  • Lorsque tu choisis une couleur, étends tes mains intérieures vers le Seigneur et demande-lui conseil.
  • Ne sois pas jaloux du travail de ton voisin, son succés est le tien.
  • Ton icône terminée, rends grâce au Seigneur de ce que sa miséricorde t'ait accordé la possibilité de peindre les Images Saintes.
  • Fais bénir ton Icône en la déposant sur l'autel lors d'une liturgie. Sois le premier à prier devant elle avant de la donner.
  • N'oublie jamais: La joie de répandre les Icônes dans le monde, la joie du travail le l'iconographe, la joie de donner au Saint de rayonner à travers son Icône, la joie d'etre en union avec le Saint dont tu as pein le visage.
  • N'oublie pas que si tu ne sais pas prier, Dieu t'a donné le don de le prier avec tes mains.

 

 PRIERE DE L'ICONOGRAPHE


SEIGNEUR JESUS CHRIST, NOTRE DIEU

TOI qui possèdes une nature divine et sans limites et qui a pris un corps dans le sein de la Vierge Marie pour le salut de l'homme,
 
TOI qui a imprimé les traits saints de ton visage immortel sur un saint voile qui a servi à guérir la maladie du roi Abgar et à éclairer son âme pour la connaissance du vrai Dieu,

TOI qui a illuminé de ton Saint Esprit ton divin apôtre et évangéliste Luc afin qu'il put représenter la beauté de ta Mère très pure qui t'a porté, petit enfant, dans ses bras et qui disait "La Grâce de celui qui est né s'est répandue sur les hommes"

TOI, MAITRE DIVIN DE TOUT CE QUI EXISTE,
 
ECLAIRE ET DIRIGE mon âme, mon coeur et mon esprit, conduis mes mains afin que je puisse représenter dignement et parfaitement ton image, celle de ta très Sainte Mère et celle de tous les saints pour la gloire, la joie et l'embellissement de ta très sainte Eglise
 
PARDONNE les péchés de tous ceux qui vénèreront ces icônes et qui, se prosternant devant elles, rendront honneur au Modèle qui est dans les cieux
 
SAUVE-les de tout influence mauvaise, et instruis-les par de bons conseils par les prières de ta très sainte Mère, de l'illustre apôtre et évangéliste Luc, et de tous les Saints

AMEN

Denys de Fourna d'Agrapha (iconographe du Mont Athos)

 

 

PREPARATION DES PLANCHES


 
 I- Le Choix du Bois: Le bois doit être sec, (séchage à l'air de préférence), exempt de tout défaut (nœuds, fissures, résine)

Le fil doit être droit, rejetter les planches voilées ou cintrées.

On peut choisir des bois feuillus comme le tilleul, le peuplier, ou certains résineux par exemple le cyprès ou le cèdre. D'autres bois peuvent être utilisés: le bouleau, le hêtre, l'aulne. Les bois tendre sont souvent plus stables que les bois durs. Pour les grands formats, si on veut éviter les assemblages, qui évoluent dans le temps, il faut utiliser les bois exotiques.

II- Proportions de la planche: Elles varient de 1/3 pour des figures en pied à 4/5, sans jamais atteindre le carré (1/1)

III- Le creusage: Traditionnellement la planche est creusée en cuvette (arche), les dimensions obéissent à des proportions qui ont varié au cours du temps. Le creusage doit être effectué sur la face qui se trouve la plus proche du cœur de l'arbre, pour tenir compte de la déformation possible de la planche. On utilise habituellement des outils manuels (cutter, ciseaux et gouges) pour faire ce travail; certains se servent d'une défonceuse.



 

LA POSE DE L'ENDUIT – LEVKAS


La planche préparée et creusée on griffe sa surface avec une pointe pour la rendre rugueuse et assurer l'adhérence des couches suivantes, on étend sur la planche une couche d'encollage (colle de peau, gélatine) qui doit sécher pendant 24 heures.

On colle ensuite une fine toile, avec le même encollage, elle sert de lien entre le bois et l'enduit assurant sa stabilité et limite les risques de fissuration du bois.

Sur la planche entoilée on applique un enduit fait de colle et d'une charge: poudre d'albâtre, de marbre ou craie fine, l'enduit est réchauffé pour être appliqué. Plusieurs couches sont nécessaires (jusqu'à douze), en raclant l'excès entre chaque couche. Une succession de couches fines confère à l'enduit une plus grande durabilité.

En fin de processus on obtient une surface blanche, lisse, homogène, exempte de défaut.

Si des parties doivent être dorées (fond ou nimbes), à ce stade on applique aux enplacements correspondants un mélange de terre rouge et de colle appelé Bol d'Arménie qu'on polit et sur lequel est déposée une feuille d'or d'une extrème finesse. C'est une technique délicate qui exige beaucoup de dextérité et de soin et s'acquiert par une longue pratique.

 

LES PIGMENTS



Ce sont les matières colorantes utilisées pour la peinture. Autant que possible le peintre d'icones utilise les pigments naturels traditionnels. La plupart sont connus depuis l'Antiquité (Egypte, Grèce, Rome).

  • La majorité d'entre eux est d'origine minérale - ce sont des terres ou des roches intensemment colorées:

Les Terres:

Jaune: Ocres, terre de Sienne....
Rouge: Naturelles ou obtenus par calcination des terres jaunes (ocre jaune calcinée en ocre rouge)
Brun: Terre d'ombre (naturelle ou calcinée)
Vert: Terre de Vérone, Terre de Chypre.

Les Roches:

Blanc: Craies, Gypse, Cérusite (carbonate de plomb très tôt obtenu par synthèse, toxique).
Jaune: Orpiment - très toxique, composé d'arsenic.
Orangé: Réalgar - très toxique, composé d'arsenic.
Rouge: Vermillon naturel ou cinabre - toxique.
Bleu: Lapis-lazuli d'Afghanistan, Azurite.
Vert: Malachite (Russie, Chine, Afrique), Volkonskoïte (Russie)

  • Quelques uns sont d'origine organique - tirés du monde végétal:

Jaune: Safran, Curcuma, Gaude
Rouge: Garance, Bois du Brésil,
Bleu: Indigo, Pastel.
Vert: Vert d'iris, vert de vessie.
Noir: Noir de vigne, Noir de noyau de pêche (par calcination).

  • Plus rares sont ceux d'origine animale:

Jaune: Jaune indien.
Rouge: Kermès, Cochenille.
Pourpre de Murex dont la couleur varie du bleu violacé au rouge violacé.
Noir: Noir d'ivoire (par calcination).

Depuis le XVII° siècle, l'homme par son industrie a enrichi cette palette de nombreuses nuances, mais qui n'ont pas toujours la beauté des pigments naturels.

 

LA TEMPERA A L'OEUF



Différentes techniques peuvent être utilisées pour réaliser une icône: peinture, gravure, sculpture, métal repoussé, mosaïque.

Le média par excellence est cependant la tempera à l'œuf. Cette technique de peinture, transmise à Byzance par l'Antiquité (avec celle de l'encaustique qui fut utilisée au début de la peinture d'icônes), a été adoptée pour sa capacité inégalée à exprimer le message iconographique.

Elle utilise des pigments, naturels autant que possible, broyés avec un liant composé de jaune d'œuf et d'eau à parts égales auquel on ajoute des ingrédients variables selon les lieux pour améliorer sa conservation (vinaigre, bierre, kvas).


Elle permet la superposition de couches picturales (en respectant un bref délai de séchage), ces couches sont fines et d'une certaine transparence; on procède par éclaircissements successifs: les surfaces de plus en plus réduites reçoivent des taches de plus en plus claires jusqu'au derniers accents de lumière presque blancs.

Cette montée de l'ombre vers la lumière a une portée symbolique très forte, évoquant l'illumination progressive du croyant, elle montre le caractère intérieur de la lumière qui éclaire le visage de la personne représentée.

L'inscription du nom et de ses compléments achève la réalisation de la peinture.

Après un temps de séchage convenable, l'icône reçoit une couche d'olifa, vernis à base d'huile, cuite avec des résines ou des matières siccatives qui pénètre lentement la couche picturale lui assurant stabilité et solidité et lui conférant une transparence accru et un éclat satiné mais non brillant.



LE MINISTERE DE L'ICONOGRAPHE

"L’iconographe n'est pas simplement un artiste qui crée une image illustrant des thèmes religieux, mais il a une dignité et un diaconat spirituels qu'il effectue dans l'Eglise tout comme le prêtre et le pasteur".
Photis Kontouglou
Par son art l'iconographe transfigure le créé, la terre, la roche, le bois, tous les éléments du monde matériel, minéraux, végéraux, animaux, avec lesquels, dans la prière, il réalise l'image du Dieu-Homme et de tous ceux qui reflètent cette image par leur sanctification: la Très pure Mère de Dieu et tous les saints. En faisant jaillir de la matière la lumière, il la spiritualise et la sanctifie. Par l'image peinte il témoigne de l'incarnation du Verbe et de la destinée de l'homme, apppelé à la divinisation, réalisée dans les saints. «En effet, de même que le fer qui s'unit au feu devient feu non par la nature, mais par l'union, l'inflammation et la participation, de même ce qui est divinisé devient Dieu non par nature mais par participation. Je ne parle pas ici de la chair du Fils de Dieu qui s'est fait chair, car celle-ci a été divinisée par l'union selon l'hypostase et par la participation à la nature divine, sans changement, ointe non par la puissance divine, comme l'a été chacun des prophètes, mais par la présence totale de celui qui oint. Les saints sont des dieux par la divinisation

St. Jean Damascène – Premier discours contre ceux qui rejettent les images. 










Niciun comentariu:

Trimiteți un comentariu